Les cités, les "quartiers" : comprendre leur violence
Les cités d’aujourd’hui n’ont plus le même sens que les cités d’antan. De ville, de communauté formant un tout dans une architecture variée, chargée d’histoire, nous voici dans des zones urbaines, ou péri-urbaines, à forte densité de population répartie sur plusieurs niveaux, dans des ensembles cubiques jetés tels des dés sur le tapis vert d’un gazon fatigué.
La naissance de ces complexes urbains a correspondu aux mouvements migratoires, d’abord des campagnes vers les villes, puis des empires coloniaux vers la mère-patrie et enfin, des pays pauvres vers des terres chargées d’espoirs.
Ces afflux massifs de populations demandaient de toute urgence des logements spacieux, à moindre coût, tout en bénéficiant d’un confort novateur comme les commodités individuelles pour tous.
Le Corbusier et bien d’autres ont sans doute rêvé d’habitats du futur sans penser qu’ils seraient le théâtre de profonds déséquilibres sociologiques et de réorganisations où la sécurité serait le principal point d’achoppement.
Amour et sécurité dans un groupe structuré et bienveillant sont les clés de l’épanouissement de l’individu.
- Pourquoi n’en est-il pas de même dans « les cités » ?
L’habitat, le territoire de l’être humain, sera toujours une nécessité tant physique que psychologique et demandera une surface suffisante pour ne pas éveiller en lui stress, agressivité et mal-être constant.
Passé la porte, l’habitant de l’immeuble se trouvera confronté à des parties communes qui ne lui ressembleront pas, aux murs ornés de graffitis, entretenues, bon an mal an, entre deux dégradations sans responsable clairement désigné en véritables surfaces hors-la loi.
Ces parties communes, territoires de jeux d’enfants, d’adolescents ou de désœuvrés, perdront rapidement leur anonymat au fur et à mesure de l’apparition de groupes de mêmes classes d’âges, puis de bandes aux instincts territoriaux de plus en plus marqués.
La cage d’escalier, le local à poubelles, le parking deviennent autant de lieux investis en tant que zones exclusives d’influence. Malheur à l’étranger, s’il tentait d’annexer cette nouvelle frontière aux lois dictées par la force physique et les pulsions primaires aux antipodes des désirs initiaux des concepteurs de cités aux noms souvent lyriques et évocateurs : Beau Séjour, Cité Lumineuse, Le Parc et autres Bosquets Fleuris !
- Un tel dérapage était-il prévisible ?
L’urgence de fournir un toit à chacun a primé, laissant se constituer, pêle-mêle, des îlots de population sans la hiérarchie naturelle que le temps seul peut construire.
Hétérogène, non solidaire, entassée et pourtant très isolée, sans histoire commune servant de liant, peu ouverte aux échanges pacifiques intercommunautaires du fait de la crainte de l’autre, du barrage des langues et des lourdeurs culturelles, voici des qualificatifs ébauchant la réponse à l’interrogation posée.
Ces groupes de populations ont vu naître une génération culturellement métissée, souvent non structurée par des repères parentaux stables, ne se reconnaissant ni dans les origines de leurs parents, ni dans les règles de vie de la région ou du pays d’accueil. La nature ayant sans doute horreur du vide, de nouvelles coutumes et règles ont émergé de la mosaïque culturelle, sans qu’elles aient été mûries au fil des siècles et modérées par l’expérience.
Les seuls groupes constitués, initiateurs des nouvelles normes, furent les plus jeunes « unis par leur fougue et leur jeunesse ». Ils n’ont pas été confrontés à des groupes tutélaires constitués par les anciens, plus aptes à tempérer l’impulsivité et la violence.
Du fait de leur manque d’influence sur les jeunes générations, et du fait de leur absence physique dans l’instauration d’une paix sociale désirée par le plus grand nombre, les parents, décalés sans doute, ont laissé un pouvoir décisionnel excessif à des clans formés par leurs enfants.
Ceux-ci ne peuvent assurer ce pouvoir qu’en fonction de la maturité propre à leur âge et leur façon d’agir reste calquée sur la dynamique de meute par manque de structuration harmonieuse.
Les lois tribales avec leurs signes, leurs langages, leurs coutumes, leur brutalité se sont imposées, faute de mieux, dans ces nouveaux « villages » de béton sans clocher, sans les repères sécurisants de règles acceptées pour l’équilibre et le bien-être de tous.
Agressivité, peur, stress, deviennent le quotidien des jeunes habitants de ces cités sans âme.
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